28 mars 2008
Quand les fleurs papotent
Petite Fleur est assise en tailleur près de la table basse, l'air concentré. Devant elle, le lecteur CD qu'elle écoute attentivement, sérieusement : "pourquoi il veut qu'on dessine un mouton ?"
Elle est sur les genoux de sa maman, un peu inquiète, je suis à coté. Face à nous de l'autre coté de la table deux hommes et une femme, l'air sérieux. A gauche à l'extrémité de la table, un autre homme, plus jeune, avec un beau sourire. A droite, une femme, le visage neutre. Nous ne sommes pas bien à l'aise, ce doit être ça que ressent Petite Fleur. Celui du milieu des trois d'en face parle et nous pose des questions. J'ai la gorge nouée, je n'arrive pas à articuler. Au bout d'un moment il se tait, c'est celui de gauche qui prend la parole. Seuls ses derniers mots résonnent dans ma tête : " l'adoption au Népal est une adoption simple, mais en vertu de l'article machin chose, je demande au tribunal que l'adoption plénière soit prononcée … ". Et l'autre de reprendre : " Pas de questions ou de remarques ? Le prononcé aura lieu le 21 avril, l'audience est terminée, merci ". Petite fleur, en chuchotant : " Papa, Papa, pourquoi ils ont des robes noires les monsieurs ? "
- Papa ? Qu'est ce que tu fais ?
- Je réserve des billets d'avion.
- Ah oui ? Pour aller où ?
- Pour aller voir les kangourous…
- Les kangourous ? C'est vrai maman ?
- Mais non ma chérie, Papa il raconte des bêtises…
- Ahlala, ce Papa ! C'est pour où les billets ?
- C'est pour aller voir les éléphants…
- Maman ! Papa il dit que des mensonges !
- Non, non, on va bien aller voir des éléphants, mais des éléphants de mer…
- Ah bon ?
- Oui, puis des baleines aussi…
- C'est vrai Maman ?
- Et puis des manchots, comme dans la marche de l'empereur…
- Maman ? C'est vrai ce qu'il dit Papa ?
- Oui ma chérie, c'est vrai…
- Et on y va tous les trois ?
- Oui, tous les trois.
- Mais les baleines elles vont nous manger !
- Mais non, tu vas voir celles là elles sont gentilles…
(C'était juste pour donner des nouvelles... quelques gros dossiers sur le bureau : début de formation la semaine prochaine, fort risque de licenciement d'ici quelques semaines - c'est prématuré mais on va voir ce qu'on peut faire, reprise des travaux dans l'ermitage. Sinon, ça roule. Ca roule plutôt bien... A bientôt)
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18 décembre 2007
Tourne, tourne, tourne...
Je la revois il y a un peu moins d'un an. Deux couettes portées très haut, ses grands yeux durs et noirs, son air de petite grande fille qui allonge un coup de coude dans les cotes de sa copine qui tentait de lui piquer le doudou que nous lui avions ramené.
Je la revois avec son jogging bleu, ses pieds nus sur le sol de ciment glacé. Nous grelotons sous nos vêtements de polaire et gore-tex. Par moment elle s'arrête et nous regarde, nous cherche des yeux. Je ne sais pas comment on dit ce sont tes parents en Népali, mais on lui a dit. Alors elle nous regarde, elle guette nos sourires, elle provoque notre attention, elle vient enfouir ses mains sous mon blouson, elle cherche un câlin, un jeu, un gâteau. Elle nous apprivoise.
Parfois c'est un regard de défi qu'elle nous lance. Parfois elle nous réclame de ces petits mots ont accompagné nos premières semaines : pânî ! pânî ! quand elle a soif, âmâ quand elle veut un câlin, baboû quand elle veut faire l'avion. Au milieux de la trentaine d'enfants, dans cette cour en ciment gris, entouré de ces constructions précaires en tôle ondulée, je me revois lui prendre les mains et la faire tourner tourner tourner. Je l'entends rire aux éclats, j'entends les cris des autres enfants qui voudraient bien aussi que ce géant tout blanc les fasse décoller, les prenne dans ses bras, les chatouille...

Et Petite Fleur tourne, tourne, tourne, sous les lumières de toutes les couleurs, au milieu des cris, dans ce froid polaire. Et Petite Fleur ouvre de grands yeux effarés, assise qu'elle est dans une tasse couleur pastel, sous les décorations de Noël. Et Petite Fleur trépigne en criant Papa Papa regarde ! C'est Belle et la Bête ! Et Petite Fleur fredonne it's a small small world en même temps que les poupées animées qui dansent dans leurs habits traditionnels des quatre coins du monde.
Oui, c'est vrai, le monde est petit, le temps est court, rien n'est immuable, tout peut changer, toujours, très vite.
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23 novembre 2007
Six heures quinze
Six heures quinze. Je pousse la porte, j'entends sa respiration. Régulière, profonde. J'allume la petite veilleuse qui répand une atmosphère rose-fifille dans sa chambre. Elle est enfouie sous la couette, je pars à sa recherche. Elle est sur le ventre, ses cheveux noir étendus en corole autour de sa tête. Un bras devant elle, comme lancé vers le haut, l'autre symétrique derrière et en bas, les jambes fléchies. On dirait le cliché d'un sprinter en plein effort. Sous l'éclairage chaud de la veilleuse, sa peau mate est chocolat. Une gratouille derrière l'oreille, le rythme de sa respiration change, elle passe sur le dos et me fait son premier sourire de la journée.
Bisou sur le front, elle s'accroche à mon cou et cale sa tête sur mon épaule. Je la transporte jusque le table, la pause sur sa chaise. Les deux thés fument : noir au lait et sucré pour elle, vert et sans sucre pour moi. Le grille pain libère les toasts et Petite Fleur commence son incessant babillage.
Il lui a fallu trois semaines après son arrivée pour comprendre ce que nous lui disions. Elle n'osait alors pas encore parler et usait de mimiques pour se faire entendre. Au bout de deux mois, elle avait acquis un vocabulaire phénoménal et parlait couramment le moi je me veux vouloir manger avoir faim un pomme. Au bout de trois mois, elle avait atteint un niveau de langage correct et pataugeait allègrement dans les accords à la Népalaise : son voiture parce que c'est la voiture de papa. A l'évaluation de fin d'année, elle avait dépassé le niveau moyen de la classe.
Depuis, on ne peut plus l'arrêter de parler.
Six heures quarante-cinq. J'expédie une vaisselle rapide, et nous allons choisir ses vêtements. Attention, on n'habille pas mademoiselle comme on veut. Nous tombons d'accord sur des collants roses-fifille-foncés avec des petites fleurs plus sombres dessus, une robe sac à patate dans un pastel gris accordé avec un tee-shirt dans les même tons. Avec cela mademoiselle mettra ses bottes et son gilet. Ce matin ça s'est bien passé mais les négociations peuvent être longues. Je la laisse s'habiller seule, se brosser les cheveux, se passer sa petite crème et se brosser les dents. De mon coté je fonce à la douche.
Sept heures quinze. Elle a vu qu'il pleuvait des cordes et a sorti son parapluie. Et m'attend devant la porte, je ferme son blouson et nous partons. Les quais sont lugubres sous cette pluie qui tombe sans discontinuer depuis deux jours. J'aime néanmoins ce moment où quasi seuls dans les rues nous traversons une partie du centre ville à pieds. Peu de bruit, peu de voiture, et juste sa voix aigrelette qui me raconte qu'hier Cyprien lui a donné une noix à elle mais pas à Lou. Nous arrivons à la garderie en même temps que la demoiselle qui s'en occupe. Petite Fleur a le privilège d'aller allumer toutes les lumières. Je lui expédie une bise et je fonce à la gare prendre le seul train qui me permet ces temps-ci d'arriver à une heure décente au bureau.
Depuis une semaine Chère et Tendre est coincée à Paris. Certes, elle a eu une journée de repos qui lui aurait permis de redescendre chez nous - c'est ce qu'elle fait habituellement - mais là, en admettant qu'elle arrive jusqu'à nous en un temps raisonnable, elle n'était pas sûr de pouvoir repartir. Elle est donc restée coincée dans sa banlieue, incapable même de rejoindre les lumières de la ville. Depuis une semaine, je tords nos horaires pour essayer de les faire coïncider avec les quelques trains qui roulent, ceux de la baby-sitter et ceux de l'école.
Vingt heures dix. Je quitte la gare et me dirige à grands pas vers la maison. Le train est encore resté coincé à Lyon pendant vingt-cinq minutes sans explication. Je fulmine en pensant à Petite-Fleur avec qui je n'ai passé qu'une demi-heure aujourd'hui. En arrivant elle me saute au cou et me dit les yeux plein de reproches qu'elle a faim. Hier j'avais préparé une soupe, il reste des lentilles, je me transforme en Shiva et prépare le repas en mettant la table en répondant au téléphone en payant la baby sitter et à vingt heures quarante la soupe fume dans nos bols et Petite Fleur me raconte sa journée. Nous papotons joyeusement encore un moment, puis ses yeux s'étrécissent et se ferment. D'habitude elle est couchée à cette heure là.
Vingt et une heures. Elle se glisse sous les draps, me fait un énorme câlin et me dit qu'elle m'aime. Je lui dis que je l'aime aussi, que maman aussi, et que demain, normalement, elle sera là. Un dernier bisou, j'éteins la lumière et tire sa porte de chambre. A peine plus d'une heure avec elle aujourd'hui. Je m'en veux de ne pouvoir faire plus. Et en même temps, ces quelques instants passés ensemble sont tellement forts et doux qu'ils en deviennent précieux.
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10 novembre 2007
Java
Aux premiers accords d'accordéon, elle relève la tête...
Aux suivants, un sourire illumine son visage.
Quand la voix éraillée commence à chanter Je me souviens du bord de mer, elle se lève les bras tendus en criant vite Papa !
Je la cueille et la propulse dans mes bras. Sa main droite dans ma main gauche, assise à califourchon sur ma hanche, mon bras droit la tenant fermement nous suivons la musique douce en fredonnant. Un petit sourire pour moi à l'écoute des paroles un peu grivoises que ma mère devait écouter d'un air outré en couvant son ventre et que Petite Fleur répète en toute innocence les yeux mi-clos, dans l'attente du refrain qui va nous propulser dans un tourbillon fou.
Et nous tournons, nous tournons, nous tournons, devant la cheminée qui crépite. Et nous tournons, tournons, tournons dans ses éclats de rire. Elle se cramponne de toute ses forces jusqu'au dernier lalalala lalala où nous nous effondrons sur le sol en riant, la tête continuant sa java folle. Et nous rions de nos efforts pour nous remettre debout. Et nous rions du bonheur d'être ensemble. Et nous rions de cet improbable hasard qui a fait de cette petite fille ma fille, et de moi, son père.
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17 août 2007
Le chien aux yeux bleus

Deux petits mots, rapides, en cette veille de week-end...
Nous quittons notre montagne dimanche pour monter tout là haut dans le plat pays. Quelques jours dans les dunes de sable et sur les plages infinies, des promenades sur les falaises mystérieuses des caps, une journée à Lille, un peu de famille, un peu de sport, un peu de vacances.
J'ai traversé quelques moments... étranges ces derniers temps. Je vous remercie d'avoir été là et là, ici aussi, et très présents en général.
Petite Fleur s'est bien enracinée dans son nouveau terroir. Maintenant c'est nous qui ramons un peu, d'abord à contre courant puis à contre temps... Après avoir été adoptés comme parents, il nous faut nous adapter, reprendre un rythme, resynchroniser tout ça, oublier certaines habitudes et s'en forger d'autres.
Bonne fin de vacances aux uns, bonne reprise aux autres, à dans un peu plus d'une semaine !
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28 avril 2007
Il est où ?
- C'est quoi ça ?
- Ca c'est une cathédrale, une grande église.
- C'est quoi une église ?
- C'est comme un temple.
- Un temple ?
- Oui, une grande maison là où Dieu habite (NB : certaines approximations sont parfois nécessaires et en l'occurrence je ne suis pas parfaitement sûr de ce que j'avance...)
- On peut y aller ?
- Si tu veux...
Nous entrons dans la pénombre et la fraicheur. Quelques personnes déambulent de ci de là, et Petite Fleur adopte d'elle même le chuchotement :
- On peut aller là-bas ?
- Bien sûr...
Elle regarde les autels, les chapelles, on contourne le coeur. Elle s'arrête devant les saints, les évèques, les cierges. Elle tire doucement sur ma main, en silence. Puis s'assied l'air soucieux sur une chaise.
- Ca va bien ?
- ... (bras croisés et mine boudeuse)
- Qu'est ce qui se passe ?
- Il est où Shiva ? Et Ganesh ? Il est où ?
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22 mars 2007
Alors on regardait les bateaux...
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19 mars 2007
A mousse !
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21 février 2007
Des boules et de la glace...
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03 février 2007
Trois ans que ça dure...
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