05 mai 2008
Et de six...
Le 6 juin
1988 j'entrais en informatique comme on entre en religion. La faute à mes
dix-huit ans qui - quelques années avant - m'avaient fait découvrir le nec plus
ultra de la techno de l'époque : la première calculatrice programmable censée
m'aider à passer mon bac. Je ne sais pas quelle fut son aide réelle à ce sujet,
mais toujours est-il que j'ai oublié mes envies d'architecture ou
d'électronique (mes choix potentiels d'avenir de l'époque) pour me jeter à
corps perdu dans cette discipline nouvelle où tout était à inventer :
l'informatique.
A l'époque
peu de monde savait ce qu'était réellement un ordinateur. On savait juste que
c'était très cher, très compliqué, mais on n'en voyait pas l'utilité réelle. Il
y avait bien quelques hurluberlus qui prédisaient que chacun aurait son
ordinateur personnel dans un avenir proche. Les sots ! Et à quoi ça servirait,
hein ?
Le 5 mai
2008, je remets dignement mon badge et mon téléphone professionnel à la DRH. Je
commence la tournée des bureaux ; alors, c'est vrai, tu t'en vas ? Quand ? Là ?
Maintenant ? Et tu as trouvé quelque chose d'autre ?
Oh oui, j'ai
trouvé quelque chose d'autre. 19 ans et 11 mois après avoir garé ma deuche sur
le parking de ce qui ne s'appelait pas encore une start-up, je rends mon habit
d’informaticien pour en endosser un autre. J’arrête de travailler avec les
machines et je commence à travailler avec des humains. J’arrête les procédures,
les méthodologies, les points projets, les mises en prod, les maintenances, TMA
et autres PMO, sans compter les DRP, RFP et RFI. Les kick off meetings, les
slides, les drafts et autres budgets forecasts, les policy waivers, les work
requests, les cases et autre roolback dead lines.
A partir de
demain, je parle humain, avec des humains. A partir de demain mes projets
seront ceux de mes clients, que j’accompagnerai dans leur réalisation. A partir
de demain mon métier c’est d’aider mes contemporains à faire des choix avec
confiance et en conscience. A partir de demain je ne dirai plus :
« il me faut un draft du diagramme des flux pour vérifier la compatibilité
avec les prérequis de sécurité » mais « en quoi puis-je vous être
utile ? ».
Et le nœud
du problème est là : l’utilité. Lorsque le soir en me couchant je suis incapable
de définir en quoi j’ai apporté quelque chose à quelqu’un dans ma journée, et
que demain ne verra pas d’amélioration de ce coté là, j’angoisse. Lorsque la
seule utilité de mon travail est de me rapporter de l’argent, je déprime.
Lorsque l’idée que je suis obligé de faire ça 20 ans encore m’assaille, je
panique. Alors que permettre à quelqu’un de prendre le chemin de réaliser un
objectif, un projet, un rêve, ça a du sens pour moi, ça donne du sens, ça me
remplit.
Cerise sur
le cadeau : à partir de demain je ne suis plus salarié. Je suis mon chef,
responsable de mes réussites et de mes échecs. Libre, responsable… et
heureux !
Voilà, ça y
est, la sixième vie du Chat commence…
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06 décembre 2007
One step beyond !
C'est tout frais, c'est tout chaud, ça fait chaud, ici, là, partout...
A partir du premier février, je serai le premier mâle de Boitacons & Co à passer ses mercredis à jouer à la marelle...
C'est le premier pas qui compte.
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30 novembre 2007
Tout ce que vous avez toujours...
Des fois je me sens grandir... En ce moment par exemple...
Je rassure ceux qui m'ont déjà rencontré pour de vrai, je ne parle pas de grandir physiquement.
Non, c'est autre chose. Quelque chose qui a commencé réellement ce jour là, le jour des quatre C. Petit retour en arrière...
Je ne me souviens plus à quel moment j'ai décidé que j'en avais marre
de mon métier. Probablement un jour de 2004, entre un dépôt de dossier
d'agrément en vue d'adoption comme ils disent, un week-end dans
l'ermitage que nous venions d'acheter et une de ces engueulades
mystiques avec mon boss comme j'en étais coutumier à l'époque.
Plus ou moins consciemment j'ai commencé à tout mettre en place pour
que ça change. Depuis, je jongle avec des projets plus ou moins bien
ficelé : transformer ma grange, le fenil et l'étable en maison d'hôte
douze épis, quitter mon bureau surchauffé pour un atelier de
menuiserie-ébénisterie, devenir formateur en informatique pour que mes
compétences dans ce métier que j'ai adoré puissent servir à d'autres,
et dix mille autres idées découlant toutes de mes hobbys, passions ou
intérêts qui auraient pu me faire vivre à temps partiel ou complet.
J'imaginais très bien quitter mon atelier qui sentait la sciure à midi
pour me retrouver devant des adultes en formation à quatorze heures et
rentrer le soir pour préparer le clafoutis du matin pour la famille qui
allait passer le week-end chez nous. Un tiers liberté, un tiers
passion, un tiers utile. Pas forcément dans le bon ordre.
Et des idées comme ça j'en ai eu des dizaines et des migraines.
En fin d'été nous avons déménagé. Moins de charges, le moment du grand
saut était arrivé. Demande de temps partiel (réponse officielle semaine
prochaine), et ... brutalement une grosse trouille de me vautrer. Et si
tout ça n'était pas bien sérieux ? Alors j'ai fait comme je fais quand
j'ai peur : j'essaye de maîtriser, de contrôler, de diriger. Et plus je
m'investissais, plus je freinais, plus je me trouvais confronté à la
réalité : j'étais condamné (professionnellement) à rester ce que
j'étais (professionnellement).
J'ai donc décidé avec l'aide de Chère et Tendre qu'il était urgent de
remettre à plus tard les projets, sans culpabiliser, sans les détruire,
sans les presser. Et de laisser venir. De laisser venir la vague.
En deux mots de lâcher prise...
Et il y a eu les quatre C.
Et aujourd'hui je grandis. Parce qu'entre cette journée monumentale et
aujourd'hui, il y a eu une succession de petits faits, petites
rencontres, petits hasards (!) qui l'air de rien m'ont tracé une jolie
route toute droite avec au bout une reconversion tellement évidente que
je ne l'avais pas vue.
Je ne vous dirai pas de quoi il s'agit, pas maintenant, parce que je n'y crois pas encore complètement, ça va trop vite.
Tellement vite que je n'y crois pas que je suis pré-inscrit pour une
formation qui commence en avril et qui dure neuf mois - quel beau
symbole pour une renaissance !
Tellement vite que je n'y crois pas que jeudi prochain j'ai un
rendez-vous téléphonique avec un formateur pour discuter de mon projet
et valider mes choix.
Tellement vite que quand j'en parle autour de moi, je m'attends à ce
que l'un ou l'autre explose de rire devant mon inconscience et que
c'est l'inverse qui se produit.
Alors depuis une semaine je suis tendu vers cet objectif. Aujourd'hui
je construis ma reconversion, je me prends en main, j'arrête de subir
les inepties crasses de Boitacons & Co. Aujourd'hui j'organise, je
planifie, je budgette, je rencontre des professionnels, je me
documente, je fonce.
Et je me sens grandir.
Et je me sens porté.
Et je n'ai plus peur.
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07 novembre 2007
Soeur Anne...
Du haut du phare du troisième bureau à gauche, soeur Anne, directrice des ressources humaines de son état, scrutait l'horizon et disait tout n'est que calme et volupté.

- Mon oeil lui répondit Alexandre le Grand, ya l'Chat qui refait des siennes !
- Du calme mon petit, du calme. Qu'a-t-il fait ce méchant minet ?
- Il a demandé son 80 %, officiellement, ce soir, à son manager...
- ...
- ... et ce con a répondu favorablement sans me consulter !
Zut ! Crotte ! Merde ! pensa Soeur Anne en son faible intérieur, comme son hiérarchique a dit oui, s'il faut refuser ça va être à moi de le faire...
(et pendant ce temps le Chat, dans sa cuisine, le portable sur les genoux, biche en s'aiguisant les ongles en vue de la confrontation qui ne saurait tarder !)