19 novembre 2008
Sur un air de tango
La première chose qui manque, c'est la lumière. La lumière du printemps chaud - très chaud - qui bat son plein là-bas. Ensuite il manque la chaleur, pas celle de l'atmosphère, celle des gens... Il y a par exemple cette vieille dame pomponnée, bijoutée, fardée, avec ses grosses lunettes d'avant la crise. Je suis en train de photographier un bâtiment - un ancien bar-tango qui deviendra peut-être une librairie. Elle s'arrête près de moi et me dit quelque chose. Nous sommes à Buenos Aires depuis peu de temps, pas assez pour que mes lointains souvenirs d'espagnol ne soient remontés à la surface, ni que mon oreille ne se soit faite à l'accent argentin. Devant mon air confus elle me demande d'où je viens et à la réponse deux grosses larmes se mettent à couler sur son visage. Dans un français parfait elle m'explique : "La France, quel merveilleux pays. J'ai fait mes études à la Sorbonne, c'était après la guerre, j'y suis resté cinq ans. C'étaient les plus belles années de ma vie. Quelle chance vous avez d'habiter là-bas... Votre pays est magnifique et si accueillant !"
Je n'ai pas de mots pour dire ce que je ressens là-bas. Juste des images, des sons, des sensations, des émotions. Les Argentins ne consomment pas - ou plutôt, n'ont pas ou plus les moyens de consommer, alors ils vivent. C'est peut-être leur authenticité qui me chamboule, cette manière qu'ils ont d'accueillir, d'être curieux, d'être simplement eux. Ils sont animés d'une espèce de nonchalance active, doublé d'un certain fatalisme qui les fait vivre au présent, goûter le présent et le savourer lorsque c'est possible. Ils sont dignes et sensibles et savent dire qu'ils aiment sans effusion. Naturellement.
L'Argentine n'est qu'un contraste, une suite de contrastes, un enchevêtrement de contrastes. Une nature exubérante, gigantesque, phénoménale. Des plaines quasi désertiques sur des centaines de kilomètres, des montagnes majestueuses, des hauts plateaux, les abords du cercle polaire au sud, la forêt tropicale au nord, une faune formidablement variée, des villes champignons poussées au milieu de nulle part, une capitale titanesque, une histoire de mélange, de soubresauts.
Trois semaines, 3.000 km de bus, 23.000 km d'avion, 1.200 photos, et nous n'avons rien vu, juste butiné une baleine par ci, un toucan par là, un Malbec de San Juan, des chutes d'eaux monstrueuses et magnifiques. Nous avons passé du temps à Buenos Aires avec notre amie, elle aime sa ville, elle aime la montrer, l'expliquer, la faire visiter. Elle nous a aussi parlé de la vie là-bas. Difficile, incertaine, mais à nos yeux tellement moins artificielle...

J'étais triste en quittant Buenos Aires, triste de partir si loin, d'avoir eu trop peu de temps pour partager un peu plus de cette ville monstrueuse et pourtant tellement humaine. Et comme cette dame qui aime tant la France, moi je me sens bien dans son si généreux pays.
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21 octobre 2008
Dans une semaine...
Dans une semaine pile poil maintenant, je serai en train de terminer mon petit déj... 11h30, pour un petit déj, ça sent la grasse mat', non ? Nuit blanche prévue ? Presque, enfin, pas une nuit tout à fait confortable, mais une nuit exceptionnelle, quand même.
Dans une semaine, je risque d'avoir les jambes douloureuses, ou engourdies. Dans une semaine j'aurai la barbe qui picote, le cheveux un peu collant et les yeux un peu petits-pas-bien-ouverts...
Pas loin il y aura Petite Fleur. A cette heure là, elle sera certainement en plein en train de faire cours à ses poupées, à moins qu'elle ne réussisse à se tenir tranquille en écoutant une histoire. A coté encore il y aura Chère et Tendre, à peu près dans le même état que moi, la barbe en moins.
Et à coté encore il y aura plein d'autres gens. Plusieurs dizaines. Des barbus, des poilus, des sans poils, des grands, des petits, jeunes ou moins jeunes, hommes, femmes, enfants... Tous le cheveux collant, l'oeil pas net, mais globalement contents.
Dehors il fera beau. Si si, c'est sûr, il fait toujours beau là-bas. Faut dire qu'à un peu plus de 10.000 mètres d'altitude il y a rarement des nuages. Il sera un peu plus de six heures du mat locale, et si on a la chance d'avoir un hublot, on pourra voir se lever le soleil local sur la forêt tropicale en dessous. Je dis soleil local car ce n'est pas le même que le notre. Là-bas il est plein nord à midi, et au printemps en novembre on dépasse souvent les 25°.
Encore deux heures environ - ça dépendra des vents au dessus de l'Atlantique - et le 777 posera ses délicates roues sur la piste de l'aéroport d'Ezeiza, province de Buenos Aires. Dans le hall il y aura une tête connue, notre copine australe qui nous hébergera la première nuit.
Le lendemain nous lui laisserons une partie de nos bagages, étant entendu que San Telmo sera le barycentre de notre voyage, et nous repartirons vers l'aéroport pour essayer d'embarquer sur un vol local vers l'une ou l'autre de nos destinations. Au nord, au sud, un peu à l'ouest, on verra bien sur quel vol il restera de la place... Nous n'avons rien réservé, ni vol, ni hôtel... Presque trois semaines à nous promener sans planning dans ce gigantesque pays, au hasard des rencontres, des humeurs et des remplissages d'avion ou d'autocars. Pour Petite Fleur ce sera là son premier voyage (si on excepte le retour de Katmandou), sa première transatlantique, son premier passage d'équateur et son premier séjour dans ce pays que nous aimons tant.
Ca y est, c'est dans une semaine, j'en suis presque surpris... Depuis le temps que nous attendions d'y retourner...
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02 janvier 2008
A cinq...
Elles étaient quatre copines. Quatre copines d'infortune qui affrontaient la vie en se tenant les coudes. Avec elles quatre, il y avait un bébé, une toute petite fille, un nourrisson. A eux cinq ils totalisaient vingt ans tout juste. Depuis quelques mois elles vivaient au milieu d'autres enfants dans les faubourgs de Katmandou. Elles étaient cinq presque inséparables, parce qu'arrivées à cinq un jour de mai. Elles venaient de différents horizons, avaient été ballotées, transportées, déplacées, bringueballées et avaient finalement échoué au milieu d'une trentaine d'autres gamins en errance qui trouvaient là un minimum de soins, de nourriture et d'attention.
Au plus chaud de la mousson, des étrangers ont commencé à arriver. Jusqu'au plus froid de l'hiver ils se sont succédés par couple, chacun tendant ses bras vers l'une d'elle. On leur avait dit qu'ils étaient leurs nouveaux parents et qu'ils prendraient l'avion un jour avec eux. Les étrangers venaient passer quelques jours puis repartaient en pleurant. La veille du départ ils répétaient bientôt, bientôt, bientôt, comme un mantra. Puis ils s'en allaient, et les filles levaient les yeux et regardaient les avions tout là-haut. Toutes les cinq allaient avoir une maman et un papa, toutes les cinq iraient en France, dans le même pays où elles pourraient se revoir.
Il y a presque un an, deux couples sont revenus. Ils ont serré très fort K. et M. dans leurs bras, et quelques jours plus tard ont embrassé les autres en disant bientôt, bientôt, bientôt. Les trois copines restantes ont beaucoup pleuré en voyant partir les deux autres qui ne savaient pas si elles devaient être heureuses de leur sort ou fondre en larme et hurler qu'elles ne voulaient pas. K. était sur mes épaules, les doigts plongés dans mes cheveux, M. dans les bras de François, tétant son pouce, ses grands yeux noirs rivés sur le visage de cet homme tout blanc qui l'emportait.
Deux mois plus tard, K. était devenue Petite Fleur et se débrouillait très bien dans sa nouvelle langue. M. crapahutait sur une moquette Genevoise et continuait à fixer ses grands yeux noirs et déterminés sur le monde. Au même moment à Katmandou un autre couple emmenait S. et répétait bientôt, bientôt, bientôt aux deux dernières, comme si ça pouvait les consoler.
Quelques semaines plus tard, un bureaucrate Parisien décidait que les conditions d'adoption au Népal ne respectaient pas la convention de La Haye et faisait un rapport en ce sens. Le rapport suivi le circuit administratif standard pour échouer sur le bureau d'un chef de cabinet quelconque qui y apposa sa signature, pour le bien des enfants.
T. et R. étaient désormais coincées à Katmandou, inadoptables, pour leur bien.
Pendant six mois, les deux familles se sont relayées pour assurer une présence auprès des deux fillettes, pour leur montrer qu'elles aussi allaient venir en France, qu'on ne les avaient pas oubliées. Un petit réseau s'était organisé autour d'elles, pour faire passer dessins, photos, cadeaux entre le Népal et la France. Un véritable pont aérien de sourires et de douceur qui pourtant ne pouvait masquer l'angoissante question : et si la procédure était cassée ? Et si la situation ne se débloquait pas ? En marge, les familles se sont regroupées et ont tenté d'alerter les opinions, les politiques, les influences. Mais l'adoption a mauvaise presse. Entre un couple qui part à l'étranger pour ramener un enfant et un kidnappeur le pas est vite franchi. Et l'actualité récente a très bien oeuvré dans ce sens.
A l'approche des fêtes nous avions peu de contacts avec les deux familles. Nous allions passer notre premier Noël de parents, eux attendraient encore pour vivre cela. Nous ne voulions pas étaler notre bonheur devant eux, aussi nous leur avions dit que nous pensions très fort à eux et à leurs filles mais ne voulions pas être trop présents. Nous avons réveillonné avec François et Sophie, les parents de M. qui maintenant sait dire non ! et trottine partout dans la maison. Petite Fleur et elle sont comme deux soeurs, c'est bon de les voir réunies de temps à autre. Et comme à chaque occasion, nous avons parlé de T. et R. et de leurs parents.
Ce matin je finissais mon thé en parcourant mes emails quand mon téléphone a sonné. C'était Chère et Tendre qui avait discuté avec les parents de S. et avait ainsi appris que T. était arrivée hier dans sa nouvelle maison et que R. arrivait la semaine prochaine. Ce Noël a donc été le premier de chacune des cinq. Deux l'ont fêté à Katmandou, les trois autres en France, toutes avec leurs parents.
Voila une année qui commence bien. Bienvenue à toi T., et à toi R. Et à très bientôt.
Et bonne année à vous. Que la vie vous soit un conte de fée...
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05 avril 2007
Heureusement, vous étiez là...
Je ne vous ai pas raconté, mais en deux mots, notre voyage là-bas à été éreintant. Douze jours à remplir des papiers, attendre, passer des entretiens, attendre, douter, flipper, craquer, câliner, rigoler, courir, éviter les manifs, essayer de comprendre l'incompréhensible, attendre encore, signer, retourner, re-attendre, re-craquer, oublier, détester, sourire... Heureusement, nous n'étions pas seuls....
Alors le soir, on passait au Blue Bird Supermarket, on achetait des cahouètes et de la bière, et on se retrouvait avec l'autre couple chez eux ou chez nous. On mettait une petite musique douce, et on se laissait aller, à rire, à pleurer, à se raconter, à rêver, à se dire combien tout ça était extra-ordinaire.

Nous n'avons pas eu de temps pour nous, pour sortir, pour nous détendre. Nous avons laissé les merveilles du Népal à coté de nous, à peine le temps de flâner dans un quartier reculé et de buter sur un magnifique temple. A peine le temps de marcher en ville, de boire un thé au lait. A peine le coeur aussi.
Heureusement, vous étiez là, François et Sophie...
Merci !
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15 janvier 2007
A vos marques, prêt....
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11 janvier 2007
Le Chat fait sa valise

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C'est par là...
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30 novembre 2006
Insupportable

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13 novembre 2006
Ca flane pour moi
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20 septembre 2006
C'est un monde ça quand même !
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