Au chat qui pète

Maison de bonne tenue

11 septembre 2007

Dzoiiiiiiiiiing !

Il y a l'immense table ronde, là, dans le coin, avec toutes ces têtes blanches. Je lorgne du coin de l'œil de leur coté, de temps à autres. Des coups d'œil qui me mènent loin en arrière. Loin dans le passé. Du temps où ils étaient déjà vieux, mais beaucoup moins qu'aujourd'hui.

Sur la piste de danse on entame une valse musette. Je capture ma voisine qui proteste qu'elle ne sait pas danser ça. Ca tombe bien, moi non plus. Les jeunes de la soirée font les cons, comme tous les jeunes. Mais ce soir les jeunes c'est nous, les quadras de la famille. Alors on se distribue des coups de postérieurs en dansant n'importe comment, en dansant pour danser, pour s'amuser, pour rire, pour être ensemble. Ma cavalière-voisine est petite, je la soulève, elle crie et se pend à mon cou et on virevolte à toute vitesse au milieu des rires.

Lorsque je repose ma victime au sol, un regard est braqué sur moi. Un regard bienveillant mais dans lequel on sent poindre l'autorité. Un regard encadré de grosses lunettes carrées aux verres légèrement fumés. Instantanément j'ai douze ans et, intimidé, je souris à ce regard d'homme, d'homme que je regardais virevolter autrefois dans les fêtes de famille, d'homme que j'écoutais parler, expliquer, parfois commander et souvent rigoler.

Henri était quasiment le seul lettré de la famille. Devenu professeur en collège, il s'intéressait aussi bien à l'astronomie qu'aux moteurs à explosion, à la faune des alpes qu'aux tanins des vins. Et il avait cette faculté rare de savoir transmettre. Divinement.

J'adorais quand nous allions chez lui, c'était rare, c'était loin. Je m'asseyais dans son fauteuil, près de la bibliothèque et je regardais les tranches des livres. De sa grosse voix d'homme, de son bel accent du Sud de la Belgique, il m'avait dit prends donc ce que tu veux, n'hésite pas ! Et peu à peu j'osais et passais des comètes aux rivières, de la géologie aux poèmes, de Bob Morane à Tournesol, avec une nette préférence pour ces deux derniers.

Le Noël de mes douze ans devait se dérouler près de Tournai, chez ses parents. Nonchalamment, il a tendu à l'enfant trop timide que j'étais un petit paquet et s'est éloigné en grommelant j'espère que ça te plaira, tu as lu assez de Bob Morane maintenant. J'ai déballé doucement et découvert deux livres. Ce n'était pas Bob Morane. La quatrième de couverture ne m'inspirait pas, ni la première d'ailleurs. Les adultes se sont assis autour de l'apéritif. Je me suis isolé dans un coin et j'ai ouvert le premier livre.

Je ne respirais plus. J'ai relevé la tête à un moment et j'ai rencontré un regard d'homme, bienveillant et autoritaire. Il m'a souri, et j'ai vu ses lèvres dessiner ça te plait ? J'ai hoché lentement la tête et j'ai replongé dans le monde terrifiant des alphas et des epsilons, du soma et de la bêtise humaine.

Le lendemain nous avons pris congé. Il m'a glissé qu'il en avait assez de me voir lire des niaiseries alors que la littérature est aussi vaste que le monde et que je trouverai à chaque instant de ma vie le livre qui correspond à ce que j'attends à ce moment là.

J'ai découvert avec ces deux livres que des Hommes pouvaient réfléchir, penser, imaginer, créer, mettre tout ça sur papier pour le partager avec d'autres. Moi qui rêvais à longueur de temps pour échapper à la grisaille de mon existence et à l'inintérêt des conversations familiales, je découvrais que ces rêves, ces histoires que je me racontais, elles pouvaient aussi s'écrire, avoir un intérêt, plaire. J'étais aussi bouleversé que si j'avais découvert un nouveau continent, un monde différent, à la limite du réel, entre le rêve et la réalité.

Cet été là, dans l'infini ennui des grandes vacances, j'ai écrit ma première histoire.

J'ai lâché ma cavalière et me suis dirigé vers lui. On s'était salué tout à l'heure, rapidement. Il y avait tant de temps… Quinze ans ? Dix-huit ? Sa grosse voix un peu cassée : Alors, on fait tourner la tête des filles ? Je jetais un œil à mon ex-cavalière appuyée sur le bras d'un cousin qui l'aidait à rester digne sur ses deux jambes. Grosse voix et clin d'oeil : heureusement que certains sont plus galants que toi !

J'ai posé une main sur son épaule et me suis accroupis près de lui. Je voulais lui dire, lui dire que ses deux livres m'avaient probablement ouvert tellement de portes que je leur dois en partie au moins ma survie. Je n'ai pas réussi.

Grosse voix : tu sais, depuis le temps, la maison a bien changé, mais elle est toujours à la même place hein ?

J'arrive Henri, j'arrive… j'ai un truc à te dire...

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10 septembre 2007

De quai de Saône à quai de Saône (bis)...

Hier soir Petite Fleur a pris possession de sa chambre. Grande, lumineuse, avec balcon et bientôt un lit cabane fabriqué par les blanches mains du Chat. Et c'est en la voyant investir son espace aussi naturellement que nous avons compris une des raisons du stress qui nous poursuivait depuis quelques mois.

Petite Fleur est arrivée brutalement dans notre vie, et nous avons du réorganiser notre appartement en conséquence. Déplacer le bureau et l'armoire dans notre chambre pour créer la sienne, pousser les meubles, le linge dans le placard, bref, greffer cette petite demoiselle remuante dans notre chez nous qui, déjà exigu avant son arrivée, était devenu étouffant par la suite.

En deux mots, elle s'était installée chez nous.

En choisissant notre nouveau lieu de vie, nous avons pris soin de prendre suffisamment grand pour que tout le monde ait sa place poussant le luxe jusqu'à créer une pièce à bordel dans laquelle s'entasse le linge à repasser ou au séchage, le bureau, les cartons d'archives et ces milliers de choses qui encombraient nos chambres ou salon.

Et hier ça nous est apparu : maintenant Petite Fleur vit avec nous, et plus chez nous.

Et ça change tout.

quais_2


Sans compter qu'admirer le lever de soleil sur le port le matin au petit déjeuner, ce n'est plus du luxe, mais de la luxure...

Posté par le chat qui pete à 11:36 - Patati et patata - 3 miaulement(s) - Permalien [#]

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07 septembre 2007

De quai de Saône à quai de Saône...

Levé trop tôt. Derniers cartons, derniers démontages. Pas eu le temps de me raser, ding dong c'est nous ! En deux heures l'appartement était vide.  Je suis parti avant la fin, direction le bureau, pour ces quarante cinq minutes de marche biquotidienne que j'appréciais tant. Les quais, Bellecour, la Guille, Gambetta, Part Dieu...

quais


En direct de notre nouveau chez nous, Chère et Tendre m'informe que notre lit ne passe pas dans l'escalier menant à l'étage. En attendant une solution nous allons camper dans le salon. Le chat (le vrai) est terrorisé, les parquets sont très glissants et il rate systématiquement ses virages, poursuivi qu'il est par un ennemi connu de lui seul, faisant hurler de rire Petite Fleur.

Ce soir nous partons à la cambrousse. Pas le courage de déballer tout ce qui nous a pris tant de temps à emballer. On verra plus tard.

La page est tournée...

Posté par le chat qui pete à 14:24 - La niche du Chat - 0 miaulement(s) - Permalien [#]

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06 septembre 2007

Dernier jour

Dans moins de 24 heures l'appartement sera vide.

Certes, il n'y a rien de dramatique à quitter une ville pour aller un peu plus loin. Mais ça se joue ailleurs. Ca se joue du coté du choix, de la peur de se tromper qui ressemble tant à la peur d'entreprendre.

En quittant Paris il y a quelques années, nous avions franchi la première étape. Humer l'air de la campagne d'un peu plus près, sentir ce qu'on pouvait en attendre, trouver notre maison. Quitter Lyon pour Mâcon aujourd'hui donne du corps à notre choix. La marche arrière devient difficile à envisager et serait un aveux d'échec lourd à assumer. L'étape suivante (dans deux ans ?) est d'habiter dans notre ermitage, là haut sur notre colline, dans notre hameau de quinze habitants quand les saisonniers sont là - six en hiver. La dernière sera d'y vivre (d'en vivre ?), au mieux dans cinq ans, peut-être un peu plus.

Et c'est là qu'il faut un minimum de foi. De foi en nous, en nos choix, en nos capacités à rebondir si nécessaire, nos capacité d'inventer, de créer, d'essayer. C'est là qu'il faut enfermer au fond du placard les et si il se passait ça, et qu'est ce qu'on fait si, et... ? qui inévitablement nous plombent la tête et nous paralysent.


la_confiance

Ce matin quand je suis parti de l'appartement, Chère et Tendre courrait déjà partout avec son rouleau d'adhésif et ses ciseaux. Le chat (le vrai, celui avec des pattes et des griffes au bout) était terré dans un panier sur la mezzanine de peur de se voir promptement emballé et scotché. Petite Fleur jouait au milieu du bazar ambiant et moi je cherchais mes chaussures qui avaient atterri par erreur dans un carton.

C'est demain à huit heures que les gros bras débarquent.

J'ai enfoncé mes oreillettes, sélectionné Purcell, poussé le volume a fond et traversé pour l'avant dernière fois la ville à pieds.

Posté par le chat qui pete à 12:04 - Patati et patata - 2 miaulement(s) - Permalien [#]

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05 septembre 2007

Le Chat fainéant

Hier je suis passé voir notre Directeur des Ressources Humaines... ou plus exactement notre Directrice (de ce que l'on peut tirer) des Ressources Humaines. L'objectif principal était de faire tamponner mon abonnement de train. L'objectif secondaire de lui glisser quelques mots à propos de ma future demande de temps partiel.

Elle a été assez estomaquée de voir qu'un homme souhaitait passer à 80 % et prendre ses mercredis pour jouer à la marelle avec sa fille. Elle est carrément tombée sur le cul quand je lui ai dit que Chère et Tendre avait de son coté demandé un 66 %, et que de ce fait, je resterai bien celui qui travaille le plus à la maison, et donc tout allait bien, merci pour nous.

C'est vrai qu'en ces temps de slogans à la con (travailler plus pour mourir plus vite, la route est droite mais le virage à gauche, tous Unis pour Ma Pomme etc...), avouer publiquement qu'on veut travailler moins et donc gagner moins et par conséquent consommer moins, voire même passer du temps à ne rien faire relève presque de la maladie mentale.

Ou de la fainéantise avérée.

Voire même du parasitage.

Je suis ensuite passé voir mon boss, pour lui annoncer la bonne nouvelle. Il m'a fait le coup des sentiments - que j'étais quasiment indispensable - puis de la culpabilisation - mais comment on va faire sans toi - et j'ai du lui rappeler que je venais travailler pour obtenir un salaire, et pas par pur plaisir. Même pas par plaisir du tout.

Voila. Je suis grillé. Plus la peine de prétendre à une promotion ni même une augmentation de salaire.

J'ai plus qu'à acheter une boite de craies, dessiner une marelle sur le trottoir et monter direct au ciel.

smiley

Posté par le chat qui pete à 14:02 - Le Chat est taquin - 7 miaulement(s) - Permalien [#]

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04 septembre 2007

Puisqu'il faut aussi savoir dire au revoir...

De retour de vacances... Enfin, on peut appeler ça comme ça. Ce mois d'août a été une succession d'épisodes plus décalés et plus forts les uns que les autres. A la lumière d'aujourd'hui, je me dis que tout ce que je traverse depuis le début de cette année n'est que la clôture d'une époque et le début d'une autre. Que ce soit ce voyage bouleversant au Népal, les doutes de ces dernières semaines, mes envies de fuite, les crises, les cris, les peurs, les pleurs, les chocs, tout a abouti à aujourd'hui.

C'est toujours aussi difficile de se laisser porter par les évènements. De faire confiance. Je m'accroche à mes vieux réflexes, je veux maîtriser, contrôler, vérifier. Et à un moment je craque, je baisse les bras, je laisse faire, et là, tout roule tout seul. Tout s'enchaîne, c'en est presque effrayant.

plage


Ce matin j'ai quitté mon appartement et j'ai traversé Lyon à pieds dans la fraîcheur en regardant autour de moi. Les façades, les monuments, les gens, les rues. Ce matin je me suis imprégné de l'atmosphère de la ville. Je pensais la quitter doucement cet automne, déménager en plusieurs fois, m'éloigner progressivement l'appartement qui a vu tant de bouleversements. Et puis il y a eu ce coup de fil qu'on n'attendait plus : j'ai un acheteur, il prend l'appartement sans négocier, et en contrepartie vous vous engagez à le libérer très vite...

Hésitations, tergiversations... Résister, toujours résister, et puis on a dit oui. On a trouvé un déménageur, deux baby sitter, et bouclé tous les trucs et les machins obligatoires la semaine dernière. Nous vivons dans une forêt de cartons que je vais transformer ce soir en cabane ou en labyrinthe pour Petite Fleur.  Quinze jours pour migrer sans préavis. C'est court. Je n'ai jamais aimé les au revoir qui s'éternisent.

Mais je n'aime pas les disparitions non plus. Ca laisse des vides. C'est comme des amputations. C'est plus là mais ça démange toujours.

J'ai trois jours pour quitter Lyon.

Demain je fais des photos.

Posté par le chat qui pete à 12:19 - Patati et patata - 7 miaulement(s) - Permalien [#]

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