Au chat qui pète

Maison de bonne tenue

17 août 2007

Le chien aux yeux bleus

dun

Deux petits mots, rapides, en cette veille de week-end...

Nous quittons notre montagne dimanche pour monter tout là haut dans le plat pays. Quelques jours dans les dunes de sable et sur les plages infinies, des promenades sur les falaises mystérieuses des caps, une journée à Lille, un peu de famille, un peu de sport, un peu de vacances.

J'ai traversé quelques moments... étranges ces derniers temps. Je vous remercie d'avoir été là et là, ici aussi, et très présents en général.

Petite Fleur s'est bien enracinée dans son nouveau terroir. Maintenant c'est nous qui ramons un peu, d'abord à contre courant puis à contre temps... Après avoir été adoptés comme parents, il nous faut nous adapter, reprendre un rythme, resynchroniser tout ça, oublier certaines habitudes et s'en forger d'autres.

Bonne fin de vacances aux uns, bonne reprise aux autres, à dans un peu plus d'une semaine !



Posté par le chat qui pete à 13:43 - Petite Fleur - 4 miaulement(s) - Permalien [#]

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15 août 2007

Là-haut

Ce matin tôt. Tout le monde dort encore, je me lève sur la pointe des pieds. Coup d'œil dehors. On voit le sommet, là, tout près, dans le soleil levant. Le ciel est bleu pâle, les feuilles des arbres se tiennent tranquilles. C'est bon, ça va voler.

Vite internet, météo, bulletins d'aérodrome, je prépare tout ça en avalant mon café. Toilette de Chat, inventaire du sac, je quitte la maison dans une aube laiteuse. Petit nœud à l'estomac. Ca fait longtemps hein ? Pile deux mois. Est-ce que je sais encore faire ?

Quarante kilomètres de bitume avant les gravillons du parking. Aucun autre véhicule, le verrou claque et résonne dans l'immense hangar. Je passe la main sur le galbe du flanc de Victor India, effleure le dessus de son aile du bout de l'index. Salut Victor ! Ma voix porte dans le hangar désert. Quelques paperasses et vérifications, visite prévol, et je m'attèle à l'ouverture des portes. Vent très léger de Sud, le soleil tonne là-haut entre les nuages. Les portes sont lourdes, mais ce n'est pas la seule raison qui fait que mon cœur bât fort. Toujours une légère appréhension avant d'y aller.

Je sors l'appareil et l'installe sur le parking. J'ai ma carte, mes lunettes, mon casque, ma bouteille d'eau. Le plein a été fait. Je peux y aller. C'est avec un quart d'heure d'avance que Victor India s'ébranle. Essais moteur, dernières vérifications, et j'amène l'avion sur la ligne médiane. Bien au centre des quarante mètres de bitume, l'avion ressemble à un jouet. Devant, plus de 2 kilomètres de piste, et là, juste devant le capot, un immense 33 peint sur la piste. Je revérifie mes vérifications, ça badaboum dans ma poitrine. Deux mois, c'est trop. Gaz !

Après ça s'enchaîne. Je l'ai fait des dizaines de fois déjà. Les yeux sur la ligne médiane, sur les compteurs, les voyants, les pieds qui corrigent la course de l'avion, les doigts qui doucement tirent le manche en arrière, la check-list que j'égrène à haute voix. Rotation !

Ca y est, je vole, mon cœur se calme immédiatement. Actions après décollage, nouvelles vérifications. Moteur OK, vario positif, vitesse correcte, trajectoire contrôlée. Le temps est magnifique…

Une heure et quart plus tard, j'annonce à la radio piste dégagée, je roule au parking. Comme à chaque fois je suis complètement zen, des étoiles dans les yeux, du bonheur dans la tête. La verrière entrouverte laisse entrer un petit air frais, et je roule en me laissant bercer par le ronronnement des quatre cylindres. Au parking trois demoiselles m'attendent casque à la main. Non, plutôt elles attendent Victor qui va les emmener faire le tour du Mont Blanc. J'ai quelques minutes de retard.

Retour aux réalités, je m'excuse et pour me faire pardonner je les aide à faire le plein. Faibles femmes qui peinent à tirer l'énorme tuyau d'essence. Elles embarquent, Victor toussote un peu, puis le moteur part. Je les regarde décoller…

Remplir les papiers, fermer les portes, boucler le club, appeler la maison pour dire que je suis redevenu un terrien. Penser à passer chercher les cartons. Il fait très chaud en ce milieu de matinée. Demain je déménage, faut préparer. Petite Fleur a fait pipi au lit, elle n'aime pas les changements, faut la comprendre.

Là haut j'entends le moteur de Victor qui s'éloigne vers le sud-est, vers les neiges éternelles…

Posté par le chat qui pete à 14:08 - Patati et patata - 11 miaulement(s) - Permalien [#]

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10 août 2007

La fille sur le pont

C’était le printemps qui précédait la canicule. Je l’ai croisée sur une passerelle qui enjambe la Saône. Nous nous sommes installés à une terrasse à proximité, un orage venait de s’achever. Deux menthes à l’eau. Nous sommes restés six heures. Elle m’a raconté ou plutôt, elle s’est épanchée.

La première chose qu’elle m’a dite, c’est qu’une semaine auparavant elle avait tenté de mettre fin à une histoire sans intérêt : la sienne. Elle s’était glissée en pleine nuit dans la Saône et tenté de boire le bouillon. Elle ne déprimait pas, elle était au-delà de la dépression, dans cet espace où plus rien n’a d’intérêt, cet espace psychique où abréger sa vie signifie davantage gagner du temps plutôt qu’échapper à une souffrance. Malgré la boite de cachets sensée l’aider à couler, elle avait regagné en rage la rive, puis sa chambre sous les toits, pour y continuer son existence.

Elle était maigre, trop maigre, elle oubliait de manger. Elle avait des cernes sous les yeux, elle oubliait de dormir. Elle passait son temps perchée sur son tabouret, les doigts sur le clavier, à vivre une vie parallèle, une vie vivante, mais sans issue. Elle avait laissé tomber ses études, n’avait aucune envie de bosser, n’avait pas un sou, plus d’envie, presque plus de besoins. Elle était seule, ou plutôt elle se rendait compte qu’elle ne comptait pour personne.

Nous nous sommes vus quasiment tous les jours. Je la nourrissais, l’écoutais, la faisais rire, la réchauffais, lui rendais des couleurs, des kilos, des envies. Pendant quelques semaines je suis devenu son père, sa mère, son frère, son ami.

Une fois un peu retapée, une fois que la petite lumière ait été de nouveau allumée dans ses yeux et ne vacillait plus, j’ai commencé à m’écarter d’elle, qu’elle réapprenne à vivre sa vie, qu’elle trace sa route. Elle n’a pas supporté.

Quelques semaines plus tard, alors que je n’avais plus aucune nouvelles et que je craignais chaque jour de voir son nom au rayon faits divers, je l’ai croisée dans la rue. Elle avait remis son vieil anorak, elle était maigre, la mine défaite. Mais au fond de son regard chargé de reproches il y avait de la douleur. De la douleur, donc de la vie, des émotions.

Par la suite, de loin en loin, nous échangions un mail, un coup de fil, un café. Elle a souffert, elle a ramé, mais elle a avancé, remonté la pente, doucement. Un jour elle m’a annoncé qu’elle avait un ami. Plus tard, qu’elle partait le rejoindre à Paris.

Demain sera pour elle un jour important. Demain, elle se marie.

Et moi je reste effaré du peu de choses qu’il faut parfois pour transformer une vie. Un peu d’attention, un peu d’amour, quelques douceurs, et la résilience peut se mettre en marche et redonner envie de vivre.

Demain sera pour moi un jour important. Aussi. Demain sera une fête, la fête de ces personnes qui par le passé m’ont tendu la main ou mis un coup de pied au fondement, et dont l’attention m’a donné envie de continuer, de ne pas baisser les bras.

Tous mes vœux t’accompagnent Hélène.

Posté par le chat qui pete à 21:42 - Patati et patata - 6 miaulement(s) - Permalien [#]

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03 août 2007

Quand le Chat n'est pas là...

petits_coeurs

Je me glisse tout doucement dans mes vacances en vous laissant ce bouquet de petits coeurs de lumière.
C'est mièvre à souhait, j'aurais du mettre un fond de page rose.

Il est 17h59, quai 23. Sacs, valise, coup de sifflet.
A dans quatre semaines.

Je vous bise Mesdemoiselles.
Je vous bise Mesdames.
Je vous bise, Messieurs aussi. Pas de raison que vous soyez dispensé de mes poils qui piquent.

Prenez soin de vous.

Posté par le chat qui pete à 17:59 - Patati et patata - 5 miaulement(s) - Permalien [#]

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01 août 2007

Loco

Hier fin d'après midi. Je passe la passerelle pour rentrer chez moi. Je traverse, je tourne à gauche. Je m'arrête. J'hésite. Demi-tour. Terrasse. Bière. La table voisine est bruyante. Plutôt mignonnes, mais bruyantes. Rien n'est parfait. J'ai du mal à me concentrer sur mon livre.

J'ai toujours trois livres en cours en même temps. Des fois je les mélange surtout quand ce sont des policiers. Encore plus quand c'est le même auteur et le même héros. Essayez de lire trois Vargas en même temps, vous m'en direz des nouvelles. Pas ce soucis aujourd'hui. L'un traite d'un chat japonais dans un jardin japonais, l'autre d'un afghan qui joue au cerf-volant, le troisième de comment on peut se faire du bien avec les doigts (non, ce n'est pas sexuel, c'est chinois). Et cette fois ci je fais fort car j'ai aussi en cours un délire sur un routard américain qui se fait kidnapper par une communauté ravagée au fin fond du bush australien.

Lectures résolument à l'Est. Ca tombe bien, je suis sérieusement à l'Ouest depuis quelques temps.

J'en étais donc aux tribulations de Chibi, le chat japonais, que j'avais de plus en plus de mal à décoder. Cécité précoce ? Il faut partir monsieur, on ferme ! Je reviens à eux. La terrasse est sombre, la patronne pas avenante, la rue vide, j'ai un peu froid. En réalité je grelote avec ma petite chemisette d'été en plein mois de juillet. Je bafouille un ah oui, d'accord, je me lève et enfile la rue vers chez moi. Bon, une envie pressante. Je vais pas retourner voir la Madelon, elle risque de me faire une crise. Je suis à dix minutes de chez moi. Ca tient ?

Allez ça tient.

Non, ça tient plus. La bière c'est terrible vous savez... Un bistrot, vite. Le pub, il est là, à 50 mètres. En plus ça me permettra de revoir la petite serveuse rousse.

Je tourne le coin. Fermé. Vacances, même chez les irlandais. Il me reste la Saône, un coin de mur, ou une portière de voiture. J'opte pour le coin de mur, tant pis, c'est ça ou mes chaussettes. T'as envie de pisser petit ? Je sursaute. Un clodo est affalé sur un seuil de porte. T'as qu'à aller là derrière, dans la cour, ya des chiottes, c'est là que j'vais moi. Pisse pas sur le mur, après ça pue. Je l'enjambe en grommelant un merci. Il sent le fennec, c'est un cauchemar, mais c'est toujours plus supportable que la vespasienne de la cour.

J'enjambe de nouveau l'humanoïde et ses effluves et reprend le coeur plus léger la route de chez moi. Je ne sais pas quelle heure il est. Il fait nuit noire, les rues sont vides. Je monte mon étage. On m'a piqué mon paillasson. Il y a vraiment des abrutis, je vous jure...

La clé n'entre pas dans la serrure.

C'est plus mon nom sur la porte.

Oh ! C'est quoi ce cirque ? Je suis où là ?

J'allais cogner à la porte. Exiger des explications. J'ai retenu mon geste.

J'ai repris l'escalier, remonté la rue. Il est toujours là, il pue toujours autant, il me regarde narquois. Encore envie de pisser ?

J'ai passé la nuit avec lui. On a parlé d'avant, quand il était boxeur. Il a trente ans, il est détruit. Et il pue. Mais il est sympa. Il m'a filé de son pinard.

Ce matin j'ai essayé ma carte bancaire, avalée. Je m'en doutais un peu.

Je commence à ne plus exister. C'est un peu effrayant...

Il m'a dit d'attendre quelques jours, que ça allait passer vite...

Posté par le chat qui pete à 17:13 - Le Chat est taquin - 2 miaulement(s) - Permalien [#]

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