31 juillet 2007
Dans le dictionnaire
Ca fait quelques semaines que je yoyote, l'axe de mon yoyo étant la liberté.
C'est d'ailleurs curieux de présenter ça de cette manière là, car le yoyo est loin d'être libre, limité qu'il est dans son mouvement de fout-le-camp-vient-ici, attaché au doigt de son tourmenteur qui le fait virer bourrique d'une pichenette.
Oui, le yoyo est un jeu de pervers.
Mais ce n'est pas pour dénoncer ce fait que je m'use la pulpe des doigts sur ce clavier.
Non, je veux parler de liberté. La mienne tant qu'à faire. Il y a quelques jours je renonçais à prendre un aller simple pour la Patagonie sous prétexte que je n'avais pas besoin de le faire car j'aurais toujours la possibilité de le faire. C'est à la fois rationnel (pas besoin de prendre la sortie de secours tant qu'il n'y a pas le feu, mais c'est bien de savoir qu'elle existe), et stupide (j'ai très envie d'un truc mais je ne me l'achète pas parce que je sais que je pourrais toujours l'acheter demain si j'en ai encore envie).
Bien sûr, c'est un peu plus complexe que ça. Si j'avais été seul et sans projets, j'aurais plaqué immédiatement boulot et appart, fait une bise aux copains, et serais monté sourire aux lèvres dans l'avion. Mais... pas de bol...
En langage politiquement correct, je dirais que je ne peux plus me le permettre. Et là... ooooops ! OUVREZ LA FENETRE ! J'ETOUFFE !
J'ai donc demandé à mon copain Wiki ce qu'il pensait de la liberté. Et cet idiot m'a répondu : La liberté est la faculté d'agir selon sa volonté sans être entravé par le pouvoir d'autrui.
Et c'est qui autrui ? Hein ? C'est qui le vilain autrui ?
Et bien c'est Bibi.
Comme à l'école, l'explication est dans le dictionnaire.
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30 juillet 2007
Régression
Je suis arrivé en week-end en retard (à cause du train). J'en suis revenu idem (idem). Entre les deux...
Entre les deux, j'ai un peu ramé. Mais ça va mieux. Vachement mieux même. J'ai de nouveau deux de tension. Pourvu que ça dure !
Vendredi soir. Je vous en parle pas. Mauvais souvenir, direction poubelle, j'en veux plus. Allez, hop le souvenir, cache toi, t'es pas beau.
Samedi midi. Journée régression. Voiture, contact, direction le supermarché, un kilo de patates, une friteuse, deux litres d'huile, retour. Extase !
Ca va vous sembler bizarre que je prenne mon pied avec une bassine à frites, mais c'est parce que vous avez oublié un détail. Je suis de tout là haut du Nord, là où on mange sa première frite avant de marcher, là où on accommode les frites avec tout (et pas l'inverse), là où la frite est un plat respectable, et pas un truc mou et graisseux ou pire sec et insipide. Rien à voir avec ce qui se trouve à la brasserie du coin.
Et bien... j'ai pas perdu la main. A tel point que, du fond de ma cuisine pendant que je surveillais la cuisson de la seconde portion de tubercules, j'entendais mes deux colocataires me crier leur joie de manger de telles frites. Des vraies, des avec amour, des qu'on mange avec plaisir. Des qui se tiennent toute seules, tout en restant fondantes dedans. Des qui demandent du boulot. Il ne s'agit pas de jeter trois poignées de patates surgelées dans un truc électrique et de mettre la minuterie en marche. Non, une frite ça se soigne, ça se surveille. Trente secondes de trop et c'est dur. Pas assez ça pendouille et ça coule de graisse. Trop froid c'est de la purée à l'huile. Trop chaud ça croustille le brulé...
Après la régression de la veille, dimanche je me suis senti obligé de me débarrasser d'un trop plein d'énergie. Et pour ça, rien de tel que le terrassement. Une paire de gant, une pelle, une pioche et 5 mètres de canalisations à enterrer. Effet garanti.
Me voila zen comme avant un départ en vacances. Z'arriveront pas à me recompresser cette semaine, ça non !
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26 juillet 2007
Soleil vert
- Tu vas bien le Chat ?
- Euhhhhhh....
Faut vraiment que je réponde là ?
En général quand je dis que ça va pas, c'est que ça va déjà plus. Je le dis juste avant que ça se voit, ou plus exactement que ça ne puisse plus se cacher. Comme par exemple l'été dernier à Bangkok ou j'ai prévenu Chère et Tendre que j'avais un peu chaud environ 45 secondes avant de m'affaler sur le trottoir. Ben oui, faut être un peu bête aussi quand on supporte mal la chaleur d'aller à Bangkok au plus chaud de la mousson.
Donc là je ne peux pas dire que je vais mal... Je n'ai aboyé sur personne ce matin, je tiens encore relativement debout, et l'idée du suicide ne m'a pas encore traversée. Je traine juste ma carcasse de la maison au bureau et retour. C'est un peu comme si on avait éteint la lumière, ou comme si j'avais perdu ma boussole, comme si je savais plus où aller.
Où aller ? Là, à droite, à la limite de mon champ visuel, ya un truc qui clignote. C'est le bouton survie, le siège éjectable, le entre deux maux, fais toi plaisir. Et là j'ai le coeur qui s'emballe. La route est tracée. A partir de Nantes on pique plein sud vers les Açores, puis Dakar. Ensuite un coup de manche à droite vers Recife. Point tournant, cap S-SW. Une douzaine d'heures après le départ le 777 s'arrête sur le parking à Ezeiza, aéroport international de Buenos Aires. Température extérieure 5°. Merci d'avoir choisi Air Chance, à bientôt sur nos lignes.
Et ça clignote, et ça clignote, et ça clignote...
Je sais que je ne le ferai pas. Ou plus exactement que je ne le ferai plus. Quelque chose du genre : je vais voir si le soleil est plus vert dans la vie d'à coté... Le Chat a neuf vies, c'est pas pour rien et ça fait que j'ai encore droit à trois fuites essais...
Mais je sais que je peux le faire. Et tant que je peux le faire, la petite lumière sera là, à droite, à la limite de mon champ visuel. La petite lumière qui pulse, qui pulse, qui pulse... Comme un coeur. Comme la vie.
Qui continue.
Malgré tout...
Et vous, ça va ?
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25 juillet 2007
Florilège
Le Chat, il a une bibliothèque à bonheur(s). C'est comme une
bibliothèque normale (je veux dire, c'est aussi mal rangé que celle
avec les livres), mais au lieu d'aligner des tonnes de tomes, j'y range
les moments précieux.
On y trouve le regard de Christian quand il m'avait (con)vaincu que le
chemin que je prenais n'étais pas le bon. Pas un regard de dominateur,
mais un regard de père. On y trouve ses bras aussi. C'est bizarre pour
un mec d'être serré dans les bras d'un autre mec, de sentir sa force et
son attention. Faut que je prenne garde à ne pas y prendre goût.
On y trouve le rire de Sam, un rire qui faisait taire les salles de
café les plus bruyantes. Un rire clair qui cascadait au dessus des
têtes, rebondissait contre les murs, fracassait les verres, pétrifiait
les conversations. Et sa tête de petite fille quand, se rendant compte qu'elle était le point de mire de chacun, elle mettait sa main
devant sa bouche et gloussait un pardon gêné
Un peu plus loin, il y a le parfum de Mélanie un jour d'adieux où après des
années de méfiance elle a posé sa tête sur mon épaule. Je ne l'ai pas
revue depuis, mais si je me concentre je sens encore le mélange miel-vanille.
De ce parfum je saute sur celui jasminé d'une jeune femme inconnue qui
a dormi sur mon épaule durant presque deux heures entre Lyon et Paris.
Elle ne s'est aperçu de rien.
Il y a la poigne de Benoît qui m'a littéralement ramassé dans le
couloir, effondré en larmes. Il m'a tiré jusqu'à une chaise, m'a laissé
me vider de mes sanglots en me préparant un café, avant de se foutre en
rogne et de me traiter de crétin. Pas idée de se mettre dans un état
pareil pour une fille.
Fanny et Bruno qui m'ont tenu la main une nuit durant pour pas que je saute par la fenêtre.
Il y a Barbara qui a pleuré avec moi, sur moi.
Il y a François qui me met une claque dans le dos en me disant que tout va bien alors qu'il est au bord des larmes. Et moi aussi.
Sophie je te tiens par la barbichette.
Et d'autres aussi, tant d'autres dont certains me lisent ici et que je ne citerai donc pas.
Si je vous parle de ma bibliothèque à bonheur, c'est parce que depuis peu j'y ai ajouté un volume. Je lui ai fait une place entre Benoit l'ami de toujours et Barbara la déesse. J'en ai profité pour rapprocher Mélanie. Je pense qu'ils devraient s'entendre tous les quatre.
Et quand j'ai des doutes, quand je me sens mort comme souvent ces temps ci, je vais feuilleter mes bonheurs. Ce sont eux qui m'ont permis d'avancer, toutes ces mains, ces sourires, ces lèvres, ces bras, ces personnes.
En me relisant, je me rend compte que ce que je classe dans les bonheurs sont parfois des drames ou des épreuves. C'est certainement parce que ces tranches de vie m'ont façonné et ont été des tournants.
Tout est bon pour avancer.

Et celui qui trouve ce que c'est que ce truc là au dessus, je lui raconte une belle histoire.
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23 juillet 2007
Timequake
Avez vous déjà regardé rouler les billes d'un billard juste après qu'un
coup bien calculé les ait envoyées dans toutes les directions ? Elles
divergent, et au petit bonheur heurtent une bande, rebondissent,
roulent encore, tombent dans un trou et parfois se percutent entres
elles. Il parait que les bons joueurs savent prévoir les trajectoires,
les rebonds et tout ce qui pour moi semble relever de l'aléatoire.
Deux billes, deux vitesses différentes, deux trajectoires différentes.
Deux origines, deux destinations. Elles s'ignorent et roulent de bon
coeur avec un petit froufroutement sur le vert du tapis. Hasard,
destin, calcul, peu importe finalement, mais ces deux billes qui
avaient le loisir de continuer à s'éviter choisissent de se percuter.
Rien de grave ma foi, elles sont bien là pour ça. A peine un changement
de trajectoire, un joli claquement sec, la plus lente accélère, la plus
rapide se traine maintenant, il parait que c'est l'échange d'énergie.
Elles froufroutent de nouveau chacune dans leur coin, vers leur destin,
poil au machin.
Il y a quelques jours, votre ami Le Chat vivait sa vie de chat-papa
tout à fait normalement. La routine égayée de sourires, un peu de
solitude, un boulot naze, un petit rhume en pleine déroute, la
perspective d'un week-end famille-potes-gamins-bolognaise-rigolade
comme prétexte pour garder le sourire et ne pas trucider certains de
ses collègues. Tout cool, tout roule. Et paf ! Je l'ai pas vu venir !
Bien sûr c'était planifié mais je ne pensais pas qu'elle lisait le
Figaro cette bille ! Elle m'est arrivée dessus, j'ai rien pu faire.
Bien sûr elle vous dira le contraire, que c'est moi qui froufroutait
dangereusement et que la galanterie m'obligeait de fait à porter son
sac a dos. Mais bon. C'est fait... c'est fait.
Des fois ça fait clac, pif ou paf. Là ça a fait BOUM, un énorme BOUM,
de ceux qui font tout vibrer. Le temps s'est mis à trembler, puis s'est
déchiré... un timequake. Il y avait longtemps que je n'avais pas vécu ça ! Un timequake c'est un moment particulier. Un moment où la vie
normale se métamorphose, change de couleur, de forme, de valeurs.
Pendant quelques heures, ce qui était avant compte moins. Seul le présent est en relief, seul le présent pèse, seul le
présent est habité. C'est une suspension de séance de notre histoire
personnelle, la pause clope de la vie. Les règles changent, des valeurs
s'échangent, en légèreté, en intensité.
Un timequake ça se fait à deux. C'est la rencontre de deux vérités, de deux réalités. C'est l'échange de deux expériences, c'est plein, c'est rond, c'est fort, et ça éclipse tout.
Mais c'est limité dans le temps.
17h59, coup de sifflet. Le Chat remet son costume de chat-papa en
partance pour un week-end bien mérité. Le temps reprend son cours, la
clope est terminée, il faut réapprendre sa vie.
Je ne sais pas si les billes de billard se souviennent de leurs
carambolages. Mais ce dont je suis sûr, c'est qu'elles vibrent
longtemps au creux de leur matière de ces rencontres qui parfois
modifient radicalement leur trajectoire.
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03 juillet 2007
Sur le répondeur du Chat
"Ola ! C'est Fabiana !
Ye suis à Génève la sémaine prochaine, ye peux passer vous voir ?
Ye suis avec mi Mama, si vous êtes là on peut vénir, on repart dimanche à Buenos Aires.
Besotes a todos, ye vous rappelle !"
C'était hier soir, sur le répondeur. Une voix distante de quatre ans et douze mille kilomètres. Fabiana c'est San Telmo. C'est une carafe en forme de pingouin (cherchez pas à comprendre), c'est des grands yeux noirs, des cheveux noirs et un sourire lumineux. Fabiana c'est notre chauffeur, notre guide, notre chaleur, nos éclats de rire, notre interprète quand on est là-bas. Fabiana, c'est la chaleur des Argentins avec la profondeur de l'amitié en plus.
Et tout ça ça va se retrouver dans mon ermitage, entre Saône et Loire. Deux argentines, une népalaise, une globe trotteuse, une rouquine navigatrice et un quart de belge, tout ça sur la terrasse, face à notre montagne de 732 m de haut.
Le centre du monde est vraiment partout !